Qu’est-ce que le « parti noir » ?

Conférence du Groupe Fred Zeller

Samedi 30 janvier – 17h30
Périgueux (maison de quartier St Martin)
14, rue Léon Dessales

« LE PARTI NOIR A LA RECONQUÊTE DE L’ESPACE PUBLIC »

Qu’est-ce que le « parti noir » ?

Sans entamer les propos du conférencier, une précision s’impose sur cette expression, son origine et ce qu’elle recouvre.

C’est dans son fameux discours contre le projet de loin Falloux, en 1850, que le député Victor Hugo précise les contours de ce qui sera désigné « parti noir ».

La loi Falloux, qui sera finalement adoptée, est une loi entièrement tournée vers les exigences du clergé et de l’Eglise catholique dans le domaine de l’enseignement. Nous sommes alors sous la 2ème République, avec une Assemblée Nationale dominée par une majorité conservatrice, et le Président de la République est Louis-Napoléon.

Victor Hugo, qui n’est pourtant pas opposé à l’enseignement religieux, se dresse de manière extrêmement vigoureuse contre cette loi, et son discours à l’Assemblée Nationale est resté célèbre. Il fustige les parlementaires qui prennent la défense du pojet de loi et dénonce le groupement occulte qui agit dans l’ombre pour les intérêts de l’Eglise catholique :

victor_hugo« Je m’adresse au parti qui a, sinon, rédigé, du moins inspiré le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je ne sais pas s’il est dans l’assemblée, mais je le sens un peu partout. Il a l’oreille fine il m’entendra. Je m’adresse donc au parti clérical, et je lui dis cette loi est votre loi.« 

« Or, quelle est la main qui se saisira de cette loi ? Là est toute la question.
Messieurs, c’est la main du parti clérical ! »

Je redoute cette main, je veux briser cette arme, je repousse ce projet. »Avant de terminer, permettez-moi d’adresser, du haut de la tribune, au parti clérical, au parti qui nous envahit, un conseil sérieux.
Ce n’est pas l’habileté qui lui manque. Quand les circonstances l’aident, il est fort, très fort, trop fort ! Il sait l’art de maintenir une nation dans un état mixte et lamentable, qui n’est pas la mort, mais qui n’est plus la vie. Il appelle cela gouverner. C’est le gouvernement par la léthargie.
Mais qu’il y prenne garde, rien de pareil ne convient à la France. C’est un jeu redoutable que de lui laisser entrevoir – seulement entrevoir – à cette France, l’idéal que voici la sacristie souveraine, la liberté trahie, l’intelligence vaincue et liée, les livres déchirés, le prône remplaçant la presse, la nuit faite dans les esprits par l’ombre des soutanes, et les génies matés par les bedeaux.
C’est vrai, le parti clérical est habile ; mais cela ne l’empêche pas d’être naïf. Quoi ! il redoute le socialisme ! Quoi ! il voit monter le flot, à ce qu’il dit, et il oppose à ce flot qui monte je ne sais quel obstacle à claire-voie. Il s’imagine que la société sera sauvée parce qu’il aura combiné, pour la défendre, les hypocrisies sociales avec les résistances matérielles et qu’il aura mis un jésuite partout où il n’y a pas de gendarme !« 

….

« Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C’est un vieux parti qui a des états de service. C’est lui qui monte la garde à la porte de l’orthodoxie. C’est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l’ignorance et l’erreur. C’est lui qui a fait défense à la science et au génie d’aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu’a faits l’intelligence de l’Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l’histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. Il s’est opposé à tout.
C’est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas ; appliqué à Campanella vingt-sept fois la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création ; persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée, de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. Découvrir la loi du ciel, c’était une impiété ; trouver un monde, c’était une hérésie. C’est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion. Oh ! oui, certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le Parti catholique, et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons ! Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu’est -ce que vous me voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l’esprit humain. »

Ce sont là les passages essentiels du discours de Victor Hugo contre le parti clérical, ce parti qu’il décrit « à la fois éteint et ardent », ce parti qu’il sent « un peu partout« .

Ce parti occulte, qui n’a jamais véritablement cessé d’exister, a  resurgi à différents moments, comme lors du vote de la loi Debré. Il sévit plus particulièrement dans le domaine de l’enseignement -et c’est ce qui a inspiré Michel Eliard, Michel Godicheau et Pierre Roy, auteurs du livre « La revanche du parti noir, la lente mise à mort de l’école publique ». Et on a ainsi vu toute une série de loi venant, à la suite de la loi Debré, aggraver encore la situation de l’école publique et assouvir plus profondément les exigences de la hiérarchie catholique, qui soustrait chaque année plus de 10 milliards d’argent public. Le « parti noir » s’adonne aujourd’hui à une activité de lobbying auprès d’hommes politiques de toutes tendances pour tenter d’influer, non sans succès, dans tous les domaines de la vie publique. Pour preuve, cette curieuse association, nous présentions dans une récente rubrique du groupe Fred Zeller sur RLP, qui ne cache même pas sa volonté d’influencer les Parlementaires : le Service Pastoral  d’Etudes Politiques (SPEP). Citons seulement ces quelques exemples :

  • loi sur la fin de vie : contre l’amendement Touraine,
  • domaine de la recherche : contre les recherches sur l’embryon humain
  • loi sur le mariage pour tous

La conférence à laquelle le groupe Fred Zeller vous invite, ce samedi 30 janvier, reviendra sur tous ces aspects et bien d’autres. Venez échanger, discuter, voire polémiquer avec les libre-penseurs !

Samedi 30 janvier – 17h30
Périgueux (maison de quartier St Martin)
14, rue Léon Dessales

« LE PARTI NOIR A LA RECONQUÊTE DE L’ESPACE PUBLIC »

la participation à la conférence est libre ; le prix du repas fraternel proposé après la conférence est de 20€